-LA CHORALE DES CADAVRES-

Passager clandestin d’un destin déserté

Dans ses Conseils aux jeunes littérateurs, Charles Baudelaire écrit : « Quant à ceux qui se livrent ou se sont livrés avec succès à la poésie, je leur conseille de ne jamais l’abandonner.

La poésie est un des arts qui rapporte le plus ; mais c’est une espèce de placement dont on ne touche que tard les intérêts, – en revanche très gros. »

Jamais la poésie n’a nourri le ventre d’un homme mais, jusqu’au siècle dernier, elle pouvait néanmoins le sustenter par le respect voire l’admiration de ses contemporains.

À l’heure du Rap et du Slam, ce doux espoir n’est même plus permis : entreprendre une oeuvre poétique, c’est du désintéressement pur, un sacerdoce silencieux et confidentiel au service des lettres françaises, sacerdoce exécuté comme une mission, un destin, et motivé par un amour sans borne pour la langue de Molière.

C’est à l’adolescence, en lisant Paul Verlaine qu’une illumination folle éclata dans mon âme.

Alors qu’aucune passion ne me traversait jusque-là, alors que je n’étais intéressé par rien, une voix venue de nulle part me disait tel un décret divin : « Tu ne seras fier de toi que le jour où tu écriras ne serait-ce qu’un poème aussi beau que ceux de Verlaine. » Quelle atroce souffrance que de se découvrir un brin poète, de savoir intimement que là est votre place, en même temps que de prendre conscience de sa nullité et du prosaïsme radical de son époque.

Alors, la seule décision raisonnable fut l’autocensure absolue en attendant le jour où je serai enfin capable d’écrire quelque chose qui aurait la consistance de l’intemporalité.

Six ans après cette sage décision, en rentrant d’un soir de déambulation contemplative légèrement arrosé de bière bon marché, j’ai commencé à tapoter sur mon clavier d’ordinateur en écriture automatique.

Le lendemain matin, je découvris un poème, qui ma foi n’était pas mauvais. Fort de ce constat, je n’ai pas arrêté d’écrire trois mois durant, nuit et jour, de façon complètement irraisonnée, comme pour me soulager de tant d’années de retenue.

Résultat, un recueil de plus de 100 poèmes, que j’ai appelé « Balbutiements ». Ce sont des poèmes libres, sans structure, mais en les relisant quelques mois plus tard, j’y ai trouvé çà et là, quelques petites perles dignes des grands, quelques jolies lueurs qui pouvaient dorénavant se transformer en grand brasier. J’ai donc commencé la rédaction de mon « vrai » recueil, l’oeuvre finalement d’une vie, que j’ai rédigé de 26 à 28 ans, qui contient près de 120 poèmes. La Chorale des cadavres en est en quelque sorte le premier tome.

Un mot sur l'auteur

Romain Guérin Romain Guérin est un écrivain, poète et chanteur français.

Romain Guérin est né en 1984, à Sainte Foy-lès-Lyon. Diplômé d’un Master II en philosophie politique et éthique de l’université de la Sorbonne, il se passionne dès l’adolescence pour les belles lettres françaises, à travers notamment ses poètes et ses moralistes tels que Verlaine, Baudelaire, Gautier, La Bruyère, Chamfort ou Vauvenargues.

Autres livres de l'auteur :

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